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L’exposition rétrospective du pape du pop art Andy Warhol débute ce 2 octobre 2015 et se poursuit jusqu’au 7 février 2016 au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris.

Au-delà de la série Shadows, présentée pour la première fois en Europe dans son intégralité, l’exposition Warhol Unlimited nous offre avant tout un parcours rétrospectif à travers le travail de l’artiste sur la série. Présenté à travers différentes sections rendant compte de l’ampleur et de la diversité de son œuvre, l'exposition véhicule la force de transgression et la capacité de subversion d’Andy Warhol.

Dans la première salle de l’exposition les commissaires Sébastien Gokalp et Hervé Vanel ont choisi d’introduire le travail de Warhol au travers de sa très célèbre série Campbell’s Soup ainsi que d’autoportraits sérigraphiés. La première, œuvre phare d’Andy Warhol, est le traitement d’un produit de consommation banal américain sous forme de motif, à la manière d’un papier peint. Quant aux autoportraits, ils sont l’illustration la plus pure de l’artiste par lui-même :

"Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, regardez simplement à la surface : de mes peintures, de mes fils et de moi, je suis là. Il n’y a rien derrière" Andy Warhol, The East Village Other, 1966

Le parcours s’enchaine avec une salle où sont projetés ses Screen Tests, sortes de « portraits filmés » de personnalités célèbres – comme Dali ou Bob Dylan – ou anonymes. Warhol a toujours eu une fascination pour le cinéma et il s‘est beaucoup penché sur l’utilisation du hasard de la pellicule et de ses imperfections. A travers ses essais filmés, il a aussi questionné le temps, en distordant celui-ci dans ses projections : filmées à 24 images par seconde, il les projette à 16 images par seconde, ce qui crée une sensation de flottement irréel.

S’en suit un espace dédié à sa série d’Electric Chairs, qui a été exposée en 1971 au Whitney Museum of American Art sur ce même papier peint, support par excellence de la répétition, représentant une tête vache rose fushia sur fond jaune fluo. La façade du MAM est habillée aux mêmes couleurs. Ce décor donne l’impression étrange d’être observé par ce motif répétitif au point d’inverser les rôles spectateur/œuvre d’art.

Photographie de la rédaction

Le contraste entre la gaieté de ce papier peint et les Electric Chairs fait référence aux grands questionnements que soulève Warhol sur la mort, notamment après l’assassinat de JF Kennedy en 1963 mais surtout après une tentative d’assassinat contre lui en 1668. Il utilise le même procédé pour le traitement de l’image de Jackie Kenny, la première dame. La répétition accentue et amoindrit à la fois le tragique de l’évènement. L’image en elle-même, son traitement, deviennent une îcone.

"O’Brien : est-ce que vous croyez à la peine de mort ?
Warhol : Pour l’amour de l’art, bien sûr !"
Andy Warhol, High Times, 1977

Photographie de la rédaction

L’artiste étendra son concept de séries aux oeuvres en trois dimensions, avec les Brillo Boxes et les Heinz Boxes fabriquées à la main mais à la chaîne. Cette ambivalence entre l’artisanat et l’industrie de l’art, élevant des sculptures à la gloire de produits de consommation, nous interroge sur notre rapport au quotidien.

Est également présentée à cette rétrospective sa série Flowers où le motif, reproduit par dizaines, envahit la salle jusqu’à perdre sa signification et créer un environnement, tout comme ce sera le cas des Shadows.

Andy Warhol, Gerard Malanga et Philip Fagan à la Factory, New York, 1964. Photographie de Ugo Mulas
© The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / ADAGP, Paris, 2015

Après avoir passé une salle de projection à l’ambiance prenante d’un concert des Velvet Underground, groupe auquel Warhol crée un véritable environnement ce qui les propulse sur les devants de la scène, nous nous retrouvons dans un espace recréant l’environnement de la Silver Factory, le célèbre atelier de Warhol qu’il a créé en 1964, remplie de Silver Clouds, sortes de coussins argentés se déplaçant en apesanteur à leur gré dans la salle.

"Je pensais vraiment, vraiment en avoir terminé, alors pour marquer la fin de ma carrière j’ai fait des coussins argentés que l’on pouvait gonfler et laisser s’envoler. […] Mais en fin de compte, les Cousins argentés cosmiques ne se sont pas évaporés, et ma carrière non plus." Andy Warhol, The Philosophy of Andy Warhol (Form A to B and Black Again), 1975

Photographie de la rédaction

C’est enfin dans la dernière salle de l’exposition qui s’étend sur près de 700m² que se trouve l’aboutissement de cette exposition et de tout l’œuvre de l’artiste. Sa monumentale série de Shadows, réalisée entre 1978 et 1979, est accrochée de manière à former un ruban ininterrompu de 130 mètres linéaires constitué de 102 toiles. C’est la première fois que la série Shadows, à l’origine réalisé pour la Dia Art Foudation, est exposé en Europe. Ces tableaux n’en sont pas vraiment : il faut davantage voir ce travail comme une installation, une performance, une réflexion aboutie sur la série, sur l’art ; pour Warhol, c’est plutôt un « décor disco ».

On peut relier cette série Shadows au mythe de l’origine de la peinture raconté par Pline l’Ancien : la fille d’un potier, amoureuse d’un jeune homme qui partait pour l’étranger, entoura d’une ligne l’ombre de son visage projetée sur le mur par la lumière d’une lanterne. Son père appliqua l’argile sur l’esquisse, et en fit un relief. De la même manière, Les 102 tableaux de Shadows, par leurs effets de texture et de matière font émerger des formes nous invitant à la réflexion et à la contemplation.

Pour avoir des renseignements, visitez la page du MAM consacrée à l'exposition

Andy Warhol (1928-1987), Shadows, 1978-79. Installation view, Dia:Beacon, Beacon, New York -
Photo: Bill Jacobson Studio, New York. © Courtesy Dia Art Foundation, New York
© The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / ADAGP, Paris 2015



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