Avec Asympta, le studio Leopold Banchini Architects s’aventure dans une zone encore peu éclairée du site UNESCO Syracuse–Pantalica : celle des architectures vernaculaires qui ont pu exister dans la vallée de l’Anapo, mais dont il ne reste presque aucune trace. Si les 4 000 tombes creusées dans la roche renseignent sur les rituels funéraires antiques, elles ne disent rien ou presque des formes d’habitat, des façons de se protéger ou de s’abriter. C’est ce vide que le projet interroge en priorité, non pour le combler, mais pour révéler les ressources du territoire et les gestes constructifs qu’il peut encore inspirer.

Plutôt que de convoquer un imaginaire archéologique ou d’esquisser une maison primitive hypothétique, Asympta s’intéresse aux conditions concrètes qui auraient pu permettre l’émergence d’architectures légères, situées, et profondément liées à leur environnement. Les matériaux employés, lave issue du volcan Etna, bois local brûlé, calcaire Pietra Pece, bronze, laine feutrée, ne sont pas des citations historiques mais témoignent d’un rapport direct au sol sicilien, à ses ressources immédiates, à sa géologie active. L’installation assume cette proximité : elle compose un espace d’ombre et de rassemblement, presque en continuité avec le paysage, comme si elle avait toujours appartenu au lieu.

La forme asymptotique qui la caractérise renvoie à deux images fortes : le cône du volcan qui domine la région et les latomie, ces carrières antiques dont la géométrie découpe encore le territoire. En évitant la reconstitution littérale d’une cabane archaïque, le projet déplace la question de l’origine architecturale vers un ancrage plus précis : celui d’un paysage qui détermine autant les techniques possibles que les manières d’habiter. Là où le mythe de la « cabane primitive » (souvent associé à Marc-Antoine Laugier) propose un récit universel, Asympta affirme que l’architecture naît d’abord d’un lieu, de ses contraintes, de ses matières.

Le caractère temporaire de l’installation renforce cette hypothèse. Il fait écho à la fragilité supposée des architectures préhistoriques, vraisemblablement construites en matériaux organiques et disparues sans traces. Ici, l’éphémère n’est pas un artifice : il devient une manière de traduire la mobilité, l’adaptabilité et la dimension intuitive de structures vernaculaires qui auraient pu émerger dans la vallée de l’Anapo.

Présentée à Ortigia en 2025, puis remontée à Pantalica en 2026 dans le cadre du COSMO Festival et construite par DiSe, l’installation s’inscrit dans une recherche continue mêlant matériaux locaux, attention au paysage et réinterprétation des imaginaires liés aux premières architectures. 

 

Visuels © : Simone Bossi



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