Matières locales, gestes manuels, éléments réalisés sur mesure et techniques constructives héritées réinvestissent aujourd’hui l’architecture intérieure et le design. L’artisanat n’y intervient plus uniquement au stade de la fabrication : il participe à la conception des espaces, à leur identité et à leur inscription dans un contexte culturel, matériel ou historique.

Pour concevoir le premier point de vente parisien de la maison horlogère indépendante YEMA, fondée en 1948, le Studio Véronique Cotrel a puisé son inspiration dans la culture artisanale franc-comtoise. Installée historiquement à Morteau, dans le Doubs, près de la frontière suisse, la marque incarne une tradition de l’exigence, du temps long et du soin apporté aux matériaux. 

Cet été, le designer Samuel Accoceberry présente ses pièces dans plusieurs expositions afin d'explorer les liens entre le design, l'artisanat et la création contemporaine. Ses œuvres, situées à la frontière du mobilier et de la sculpture, investissent différents contextes où le mobilier, la sculpture et l'architecture intérieure entrent en dialogue avec l'art contemporain et les savoir-faire d'exception.

À Vilamacolum, un petit village de l’Alt Empordà en Espagne, le projet La Fusteria — qui signifie « menuiserie » en catalan — transforme un ancien atelier de menuiserie en une résidence contemporaine. Pour cette rénovation d’une surface brute de 232 m2 (et 184 m2 de surface utile) achevée en 2025 pour le client Ca-liu, l’architecte Clara Crous Fort a travaillé avec son équipe de conception composée de Jordi Collell Puig et Amanda Soler Vela. Les propriétaires, installés depuis longtemps dans le village, ont acheté ce bâtiment pour répondre à deux objectifs clairs : héberger les membres de la famille qui n'habitent pas sur place, en particulier pendant les longs mois d’hiver, et utiliser le lieu comme location de vacances. Ces fonctions ont guidé les décisions pour garantir le confort, la qualité spatiale et l'attention aux détails, améliorant la fonctionnalité et l'efficacité sans compromettre l'identité du bâtiment.

Télétravail, réduction des surfaces, évolution de la cellule familiale ou recherche d’un quotidien plus fluide : l’aménagement intérieur traduit aussi nos modes de vie. L’habitat devient alors un outil capable d’absorber les contraintes, de soutenir les habitudes et d’accompagner les changements de rythme.

Pour certains foyers, travailler chez soi est presque devenu un art de vivre qui exige une harmonie parfaite entre nos besoins de concentration et notre désir de confort. À Paris, l’architecte d’intérieur Véronique Cotrel transforme cette nécessité en une véritable expérience narrative. Dans une villa Art nouveau du 16e arrondissement, la restructuration globale n’a pas seulement visé la fluidité et la luminosité, elle a permis au bureau de s’inviter naturellement dans le décor. Plutôt que de s'isoler, l'espace de travail s'intègre discrètement au rythme de la demeure, offrant un refuge calme pour l'activité quotidienne tout en restant connecté au cœur battant de la maison.

À Highbury, en plein cœur de Londres, la designer espagnole Sara Leonor vient d'achever une étape clé de la rénovation d'une demeure victorienne de cinq étages. Loin d'une simple remise aux normes, ce chantier (qui se poursuivra en 2027) est une véritable réflexion architecturale sur la "famille moderne". Confrontée au défi de l'habitat vertical, fragmenté par nature, la designer a transformé cette structure complexe en un écosystème continu, où chaque mètre carré est pensé pour favoriser le lien.

Vivre sereinement sur 20 m² : la leçon de minimalisme radical d'Aleksandra Czajka-Witkowska. Dans le quartier Żurawie à Gdańsk, l'architecte polonaise nous prouve que l'optimisation d'un micro-appartement ne tient pas seulement à l'ingéniosité technique, mais à une véritable philosophie de vie. Ici, le minimalisme n'est pas une privation, mais une libération visuelle. En adoptant les codes de l'hôtellerie haut de gamme, le studio privilégie le repos absolu : le traditionnel canapé a été sacrifié pour offrir un confort de couchage royal, transformant la pièce principale en un sanctuaire dédié à la récupération.

Lisse ou rugueuse, mate ou brillante, souple ou minérale, chaque surface modifie la manière dont un intérieur est perçu. En associant des textures contrastées, architectes et designers ne cherchent plus seulement à enrichir un décor. Ils organisent les volumes, orientent le regard, modulent la lumière et donnent à chaque espace une identité sensible.

À Prague, sur la place Valdštejnské, le studio Tunicate a conçu l’aménagement intérieur d’un logement de 20,8 mètres carrés destiné à la location de courte durée. Face à un budget modeste qui ne permettait pas d'employer les matériaux premium des parties communes, l’architecte Jan Roučka et son équipe (Anna Linhartová et Katarína Varsová) ont structuré le projet autour d'une approche combinant éléments haut de gamme et économiques.
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Aréa : lames de bois, tranches de vie