L’architecture frugale repose sur une idée simple : limiter les ressources mobilisées sans réduire la qualité d’usage. Cette démarche agit à toutes les étapes du projet, depuis le choix du site et la définition du programme jusqu’aux matériaux, aux systèmes énergétiques et à la capacité du bâtiment à évoluer. Elle ne correspond pas à un style formel précis, mais à une méthode de conception fondée sur la sobriété, l’attention au contexte et la recherche de solutions proportionnées aux besoins.

Construire de manière frugale ne consiste donc pas uniquement à diminuer les consommations d’énergie une fois le bâtiment livré. La réflexion commence en amont, en interrogeant les surfaces réellement nécessaires, les possibilités de réutiliser l’existant et la pertinence de chaque intervention. Conserver une structure, optimiser un plan ou mutualiser plusieurs fonctions permet de limiter la quantité de matière employée tout en répondant aux usages attendus.

La conception bioclimatique comme point de départ

L’orientation, la lumière naturelle, la ventilation et l’inertie du bâtiment constituent les premiers outils de cette architecture. Avant d’ajouter des équipements techniques, les concepteurs s’appuient sur les caractéristiques du terrain, le climat local et la configuration des volumes pour réduire les besoins en chauffage, en refroidissement ou en éclairage. À Solaure-en-Diois, l’école conçue par CoCo architecture illustre cette approche par son implantation nord-sud, sa ventilation traversante et l’organisation compacte de son programme. La halle sportive de Pantin, réalisée par l’Atelier d’architecture Ramdam, associe de son côté ventilation naturelle, régulation de l’éclairage et dispositifs d’ombrage. Dans les deux cas, la performance ne dépend pas d’un seul système, mais de plusieurs décisions architecturales complémentaires.

Cette logique conduit également à privilégier des dispositifs simples, compréhensibles et adaptés à leur usage. La technologie intervient lorsqu’elle apporte une réponse précise, sans devenir une fin en soi. Panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur ou récupération d’énergie viennent ainsi compléter une enveloppe et une organisation déjà conçues pour limiter les besoins.

Moins de matière, mais des matériaux mieux choisis

La frugalité concerne aussi l’origine, la quantité et la transformation des matériaux. Bois, paille, terre, chanvre ou matériaux de réemploi permettent de réduire le recours à des ressources fortement transformées. Leur emploi doit toutefois rester cohérent avec les contraintes structurelles, climatiques et fonctionnelles de chaque projet. Une approche qui ne signifie pas l’abandon de l’acier, du verre ou du zinc. Dans la halle sportive de Pantin, par exemple; le bois est associé à de l’acier intégrant du métal recyclé. À Londres, Archi-Tectonics conserve la maçonnerie d’une maison existante et ajoute une extension en zinc et en verre, sans recourir à une démolition lourde. La frugalité réside ici dans la conservation du bâti, l’optimisation de l’espace disponible et l’ajout ciblé de matière.

Elle suppose enfin de dépasser la seule phase de construction. Un bâtiment frugal doit pouvoir accueillir plusieurs usages, être entretenu simplement et conserver sa pertinence dans le temps. Mutualisation des espaces, évolutivité et transformation de l’existant deviennent alors aussi importantes que la performance énergétique. L’enjeu n’est plus seulement de construire moins, mais de construire ce qui est réellement nécessaire, avec les moyens les plus justes.

 

Vanessa Bernard

 

Visuels © : Rudy Ouazene, Edouard Decam, Nick Kane

 

 

 



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