Inauguré en 1997 sur une ancienne emprise portuaire, le musée Guggenheim Bilbao est rapidement devenu le symbole de la reconversion de la capitale économique du Pays basque. Si son architecture spectaculaire a contribué à modifier l’image internationale de la ville, l’édifice de Frank Gehry appartient à une transformation urbaine bien plus vaste, engagée pour retrouver les berges du Nervión et tourner la page du déclin industriel.

À la fin du XXe siècle, Bilbao traverse une profonde mutation. Longtemps associée à la sidérurgie, aux chantiers navals et aux activités portuaires, la ville subit de plein fouet la désindustrialisation. Les sites de production ferment, le chômage progresse et de nombreuses emprises situées le long du Nervión perdent leur fonction. Le fleuve, qui avait soutenu le développement économique de la métropole, reste alors largement séparé de la vie urbaine par les installations ferroviaires, les infrastructures et les terrains industriels. C’est dans ce contexte que s’engage une stratégie de reconversion à l’échelle métropolitaine. L’objectif est alors de modifier durablement le fonctionnement de la ville. Le déplacement de certaines activités portuaires vers l’aval de l’estuaire libère des terrains centraux ; les réseaux de transport sont réorganisés, les berges requalifiées et les anciennes zones industrielles progressivement transformées en quartiers ouverts sur le fleuve.

Le musée Guggenheim prend place au cœur de cette opération. Le site retenu correspond à un ancien quai d’Abandoibarra, utilisé jusque-là pour les activités portuaires et industrielles. Construit entre octobre 1993 et octobre 1997, l’édifice occupe une parcelle située dans une courbe du Nervión, à proximité immédiate du pont de La Salve. Son implantation contribue à restituer cette partie de la rive aux usages culturels, aux déplacements piétons et aux loisirs.

Une nouvelle image pour Bilbao 

Avec ses volumes courbes revêtus de titane, ses parois vitrées et ses masses en pierre calcaire, le musée rompt avec l’image industrielle qui restait attachée à Bilbao. Frank Gehry compose une silhouette dont l’apparence change selon les points de vue, la lumière et les reflets du fleuve. Visible depuis les ponts, les quais et les hauteurs de la ville, le bâtiment devient rapidement un repère urbain. Cette puissance visuelle dépasse le cadre de l’équipement culturel. Le musée produit une représentation immédiatement identifiable de Bilbao et accompagne son repositionnement sur la scène internationale. Là où les infrastructures industrielles fermaient autrefois l’accès au Nervión, le bâtiment met désormais en scène la relation entre l’architecture, le fleuve et la ville. Son ouverture ne marque toutefois ni le début ni l’achèvement de la transformation. Autour du musée, le secteur d’Abandoibarra continue d’évoluer avec la création de promenades, de parcs, de logements, de bureaux et d’autres équipements. La réorganisation ferroviaire, l’assainissement de l’estuaire et l’amélioration des transports publics participent également à cette nouvelle géographie urbaine.

L'architecture comme accélérateur 

Le succès du Guggenheim a souvent donné naissance à un récit simplifié : celui d’un bâtiment spectaculaire ayant, à lui seul, sauvé une ville en crise. Le musée a incontestablement joué un rôle majeur dans le changement d’image et l’attractivité touristique de Bilbao. Mais son efficacité tient précisément à son inscription dans une politique publique plus large. L’architecture agit ici comme un accélérateur et un révélateur. Elle donne une forme visible à une transformation déjà engagée, fédère différents projets autour d’un symbole commun et attire l’attention sur un territoire jusque-là rarement associé à l’architecture contemporaine internationale.

Près de trente ans après son inauguration, le Guggenheim Bilbao reste ainsi une référence dans les débats sur la capacité des équipements culturels à transformer les villes. Son principal enseignement ne réside peut-être pas dans la reproduction d’une architecture iconique, mais dans l’articulation entre un bâtiment, un projet culturel, un espace public et une stratégie territoriale menée sur le temps long.

 

Vanessa Bernard

 

Visuels © : Wirestock, Ruben Chase, Steve Allen Photo 999



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