Dans le design contemporain, la signature tient souvent à une manière de penser l’objet : par le procédé, le récit, la matière, l’usage ou le décor. Barber Osgerby, Jaime Hayon et Cristina Celestino incarnent trois positions très différentes, mais complémentaires, dans ce paysage international.

Tous trois appartiennent à une génération de designers qui dépasse largement le cadre du produit isolé. Leur travail circule entre mobilier, scénographie, architecture intérieure, installation, direction artistique et collaboration avec des éditeurs internationaux. Ce déplacement dit beaucoup de l’évolution du métier : le designer n’est plus seulement celui qui dessine un objet, mais celui qui construit un langage, un univers, parfois même une stratégie d’image pour une marque.

Barber Osgerby, la justesse industrielle

Chez Barber Osgerby, la recherche se situe d’abord dans la précision. Le studio britannique, fondé après le Royal College of Art, s’inscrit dans une tradition du design industriel qui ne cherche pas l’effet immédiat, mais la justesse entre forme, usage, matériau et fabrication. Le travail du duo est souvent qualifié par l’expérimentation, l’innovation et l’exploration de la matière et de la couleur. Sa singularité tient à cette capacité à produire des objets d’apparence calme, presque silencieuse, mais techniquement très maîtrisés. Là où d’autres designers revendiquent l’image ou le geste, Barber & Osgerby travaillent l’évidence : une chaise, une table, un luminaire doivent sembler simples, tout en intégrant une recherche poussée sur l’assemblage, les proportions ou la résistance. Leur reconnaissance internationale tient aussi à cette transversalité : mobilier, objets publics, installations muséales et projets culturels composent une pratique dont l’influence dépasse le champ domestique.

Jaime Hayon, le récit comme matière

À l’opposé de cette retenue, Jaime Hayon construit une œuvre expansive, peuplée de signes, de personnages et de références. Son design s’inscrit dans une tradition plus narrative, proche de l’art décoratif, de la sculpture et d’un imaginaire post-pop où l’objet devient présence. Il est d’ailleurs décrit comme un designer du XXIe siècle travaillant le mobilier, la céramique, les intérieurs et les objets à travers le récit, l’artisanat, l’innovation et une forme de performance. Chez lui, la fantaisie n’est pas un habillage : elle structure la pièce. Masques, figures hybrides, couleurs franches et motifs transforment le design en terrain de fiction. Hayon appartient ainsi à une famille de créateurs qui ont contribué à réconcilier design et émotion, fonction et imaginaire, usage et mise en scène. Sa reconnaissance, confirmée notamment par sa rétrospective « InfinitaMente » au Centre del Carme Cultura Contemporània de Valence, tient à l’ampleur d’un vocabulaire capable de passer du dessin à la céramique, du mobilier à l’installation.

Cristina Celestino, l’ornement comme méthode

Cristina Celestino occupe une autre ligne encore : celle d’un design où le décor n’est jamais secondaire. Formée à l’architecture, installée à Milan, elle travaille autant l’objet que l’espace, avec une attention constante aux surfaces, aux matières, aux motifs et aux références historiques. Maison&Objet, qui l’a désignée Designer of the Year en septembre 2022, souligne son « erudite sophistication » et sa place parmi les figures fortes du design italien contemporain. Son approche pourrait être rapprochée d’un néo-décoratif italien, mais sans nostalgie. Elle observe les traditions, les arts appliqués, la mode, la joaillerie ou la nature pour en extraire des principes de composition : un détail agrandi, une texture déplacée, une géométrie transformée, une matière mise en lumière. Là où Hayon ouvre le design vers le conte, Celestino l’ancre dans la mémoire sensible des lieux et des objets. Son travail rappelle que l’ornement peut être un outil de construction, et non un supplément esthétique.

Le point commun entre ces trois signatures tient peut-être à leur refus d’un design strictement fonctionnel. Barber & Osgerby atteignent la dimension expressive par la précision industrielle. Jaime Hayon y arrive par la fiction et la figure. Cristina Celestino par la matière, le décor et la mémoire. Aucun ne travaille le style comme une surface autonome : chacun construit un système cohérent où l’objet devient le résultat d’une culture.

 

Vanessa Bernard 

 

Visuels © Brava, Riccardo Urnato, Ceccotti, Chiara Cadeddu, Mattia Balsamini, Cristina Celestino Studio, CEDIT, Silvia Rivoltella, Billiani, Carpanese Home, Andrea Martiradonna, Quodes, Emilio Collavino, Kartell



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