Les matériaux qui font l’architecture Longtemps abordée sous l’angle de la structure ou de la finition, la matière revient aujourd’hui au centre du projet architectural. Elle ne sert plus seulement à bâtir, protéger ou habiller, elle raconte aussi une intention et traduit une réponse au climat, au programme, au contexte urbain ou paysager. Elle peut également affirmer la solidité d’un équipement public, alléger l’empreinte carbone d’une école, filtrer la lumière d’un logement méditerranéen ou ancrer un atelier dans son territoire. À chaque cahier des charges correspond ainsi une combinaison de matériaux, choisie autant pour ses qualités techniques que pour l’atmosphère qu’elle produit. Dans de nombreux projets, les matériaux minéraux conservent une place essentielle. Béton, pierre, brique ou enduit structurent des architectures où la masse devient un outil de composition. Le béton, notamment, permet de dessiner des volumes francs, des portées importantes, des façades épaisses ou des coursives protectrices. Sa présence peut être expressive, presque sculpturale, lorsqu’il reste apparent, ou plus silencieuse lorsqu’il sert de support à d’autres matières. La pierre et la brique relèvent d’une autre logique. Elles convoquent souvent un imaginaire plus local, lié au sol, aux murs anciens, aux savoir-faire ou aux paysages construits. Dans les régions fortement exposées au soleil, ces matériaux peuvent aussi jouer un rôle de filtre. Claustras, moucharabiés, appareillages ajourés ou façades épaisses permettent de tamiser la lumière, de créer de l’ombre et de préserver l’intimité. Le Murillo, livré à Marseille par Rémy Marciano pour Constructa, illustre cette approche : la matière minérale y sert autant à composer la façade qu’à contrôler le rayonnement solaire, à travers des claustras en brique claire et des loggias creusées dans le bâti.À l’inverse d’une architecture réduite à son image, ces dispositifs rappellent que le matériau agit dans le temps. Il capte les variations lumineuses, révèle les ombres portées, se patine, se transforme. Dans un contexte méditerranéen, tropical ou aride, cette dimension devient centrale. Le choix d’un matériau ne tient pas seulement à son rendu photographique, mais à sa capacité à résister, à respirer, à protéger ou à dialoguer avec la végétation et les usages extérieurs.Le bois, entre performance environnementale et qualité d’usageLe bois occupe aujourd’hui une place particulière dans les cahiers des charges liés à la construction bas carbone. Utilisé en structure, en façade ou en aménagement intérieur, il répond à des enjeux environnementaux, mais aussi sensoriels. Sa présence modifie l’ambiance d’un bâtiment : elle apporte une chaleur visuelle, une perception plus douce des espaces et, selon les traitements, une relation plus directe au vivant. Dans les équipements scolaires, tertiaires ou publics, le bois permet de travailler l’acoustique, la lumière et la perception des volumes. Bardage, ossature, plafonds en laine de bois, solives apparentes ou mobilier intégré participent à une atmosphère plus lisible et plus accueillante. À Nanterre, l’école Yvonne Kerzrého de SAM Architecture s’appuie ainsi sur un système hybride bois-béton : le béton protège et structure les façades extérieures, tandis que l’ossature bois et le mélèze apparaissent en retrait, sous les coursives. Ce type de solution illustre une évolution plus large : l’architecture ne choisit plus toujours un matériau unique, mais travaille par complémentarité. Assembler les contraires pour produire une écriture architecturaleLes architectures les plus expressives naissent souvent de la rencontre entre matériaux contrastés. L’acier et le béton affirment une dimension plus industrielle ou structurelle. Le bois brûlé, la pierre ou les enduits texturés introduisent une part plus tactile, parfois artisanale. Le verre ouvre, reflète, met en tension l’intérieur et l’extérieur. La terre cuite ou la brique apportent du relief, de la profondeur et une qualité de peau. À Colima, au Mexique, le studio de Di Frenna Arquitectos pousse cette logique dans une direction plus expérimentale. L’agence y associe acier, béton, bois brûlé et pierre pour composer une enveloppe volontairement brute, pensée comme un manifeste de sa propre pratique. Le bâtiment devient alors un laboratoire de textures, où la matière ne se contente pas de répondre à une fonction : elle porte l’identité du lieu. Vanessa Bernard Visuels © : Salem Mostefaoui, Lisa Ricciotti, Onnis Luque Précédent Suivant