Galerie nationale du design de Saint-Étienne : un musée sans réserve À Saint-Étienne, l’ancienne Manufacture d’armes poursuit sa transformation pour accueillir en son sein la Galerie nationale du design. Le bâtiment 242 de cet ensemble industriel exceptionnel, protégé au titre des Monuments historiques, fut entièrement réhabilité par l’agence SILT architectes pour y exposer les objets de design dont regorgent les réserves des plus grands musées français.Dans le sillage des Assises de design, organisée en 2019 sous l’égide des ministères de la Culture et de l’Économie, la France a choisi de se doter d’une Galerie nationale du design afin de « repenser la politique institutionnelle de monstration du design ». Quarante ans (oui, seulement) après la naissance à Saint-Étienne de la première bicyclette française, la cité stéphanoise accueille un nouvel établissement culturel national ayant pour seule vocation d’« expliquer le design, son lien étroit avec l’art et l’industrie, son rôle fondamental pour appréhender et relever les défis sociaux, économiques et environnementaux de notre temps », détaille Éric Jourdan, le directeur général de la Cité du design et de l’École supérieure d’art et design de la ville. Le choix de Saint-Étienne n’est en effet pas anodin, « le design comme catalyseur de transformation des chaines de valeur industrielle fut aussi une manière pour Saint-Étienne de se réinventer après les différentes crises industrielles qu’a traversé la ville » explique Yannis Bekhti, adjoint au maire chargé notamment du design et président de la Galerie nationale du design, au micro de Sibylle Aoudjhane pour B Smart.La création de cette institution « marque une étape décisive dans la reconnaissance et la valorisation des collections publiques de design en France », rappelle Aurélie Woltz, la directrice du Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne (MAMC+) à qui l’on a également confié la direction de la Galerie nationale du design. La Galerie fut en effet l’occasion de « provoquer un questionnement collectif sur la collection et les politiques d’acquisition des musées Français » ajoute Joris Thomas, responsable du service valorisation du design au MAMC+ et coordinateur du comité de pilotage scientifique réunissant les institutions partenaires citées plus bas. En effet, les réserves des musées français comptent des dizaines de milliers d’objets de design ; ainsi, cinq institutions culturelles, toutes dépositaires d’un pan ce patrimoine national, s’unissent pour offrir à la Galerie un accès à leurs collections.Au MAMC+, les commissaires d’exposition pourront puiser dans une riche collection de design industriel du quotidien et de mobilier signé des années 1950 à 1980, initiée dès 1987 par le conservateur Jacques Beauffet. Au Centre national d’arts plastiques, ils auront le choix parmi près de 12000 œuvres conçues par plus de 2200 créateurs français et internationaux, chacune témoignant de la vitalité et la pluralité du design contemporain. Le Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, dispose quant à lui de quelque 10000 œuvres, de près de 900 designers qui ont tous fait l’histoire de la modernité et ont ouvert des voies nouvelle esthétiques et techniques. Le Musée des arts décoratifs et du design de Bordeaux (qui vient, lui aussi, de faire peau neuve sous la houlette de l’agence Antoine Dufour Architectes) pourra prêter quelques-unes des 33000 œuvres que compte ses réserves ; une collection exceptionnelle d’arts décoratifs et de design occidentaux, allant des arts de la table, au mobilier, en passant par les armes et les instruments de musique et de mesure, datés du Moyen Âge à nos jours. Autre fond régional d’exception, celui du Frac Grand Large dont la politique d’acquisition, attentive au design et aux interactions entre ce champ et les arts plastiques, initiée par le designer Claude Courtecuisse, a permis notamment la constitution d’une collection de design radical italien signé Gaetano Pesce, Archizoom Associati ou encore Ettore Sottsass. Enfin, si les conservateurs venaient à rester sur leur faim, les réserves des Manufactures nationales et celles du Musée des arts décoratifs de Paris pourront également palier aux manques.Bien heureux seront les commissaires qui se verront proposer de puiser dans ce vertigineux patrimoine dispersé. La Galerie nationale du design fait en effet le choix de remplacer la classique collection permanente (et la lourde réserve associée) par une grande exposition annuelle, confié chaque année à un commissaire différent. Un parti pris qui permet de raconter une histoire protéiforme du design, présenté à la fois comme un héritage culturel, un champ de la création, un sujet de société et un outil de réflexion critique. Dans leur déambulation, les visiteurs pourront bénéficier des commentaires éclairés d’un vivier de médiateurs composé d’étudiants de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne voisine. Et une fois par mois, un expert (architecte, designer, commissaire, chercheur) proposera une lecture anglée de l’exposition le temps d’une visite guidée thématique.Si l’ambition culturelle et politique est louable, si le concept curatorial est intelligent, si le projet pédagogique promet d’être riche, le projet architectural n’est pas en reste. Découvrez le projet ainsi que les autres grandes commandes publiques lancées à l’occasion de l’inauguration de la Galerie nationale du design dans un second article. Guillaume Ackel Visuels © : Kevin Dolmaire Précédent Suivant