Le quartier dit Manufacture de Saint-Étienne, le vaste projet de transformation de l’ancienne Manufacture d’Armes, poursuit sa mue. Après la création de La Platine par Finn Geipel en 2009, après les interventions de réhabilitation de l’agence Vurpas entre 2014 et 2022, ce fut au tour de l’agence SILT de se pencher sur ce véritable palais industriel de la fin du XIXe siècle fait de briques et de pierre de taille. L’objectif, lui aussi, est de taille : accueillir la nouvellement créée Galerie nationale du design.

Porté par l’Établissement public de coopération culturelle (EPCC) Cité du design et le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne (MAMC+) avec le soutien d’un comité de pilotage scientifique réunissant quatre autres grandes institutions culturelles françaises1, le chantier confié à SILT architecte s’inscrit dans une vaste projet visant à installer définitivement le quartier comme destination culturelle pour la monstration et la valorisation des collections publiques de design en France (lire notre article détaillant la genèse et les ambitions de la Galerie nationale du design).

La commande faites aux architectes comportait deux volets : l’installation de la Galerie et l’aménagement d’une grande halle événementielle. La réponse apportée est d’une intelligente justesse, associant respect de l’écriture patrimoniale, optimisation des performances techniques et ingéniosité des ajouts contemporains. « Notre proposition s’attache à réhabiliter les édifices existants par l’intérieur en conservant leurs qualités architecturales évidentes. Les éléments neufs construits sont imaginés comme des éléments secondaires laissant s’exprimer la structure radicale et les volumes généreux des édifices historiques. La composition et les séquences spatiales définies par ces nouveaux éléments s’inscrivent dans la continuité du système radicalement symétrique de la manufacture », détaillent les architectes.

Tout d’abord, pour la grande halle évènementielle, les architectes ont tenu à réduire leur intervention au strict minimum, le bâtiment alloué à cet espace n’ayant jamais subi aucune transformation. Sont ainsi préservées les grandes arches vitrées latérales et la charpente métallique – éléments remarquables d’un glorieux passé industriel. Pour scinder cette immense halle en deux, les architectes ont créé une structure revêtue de chêne, ménageant d’un côté la billeterie et de l’autre un grand espace libre destiné à accueillir des concerts et des expositions temporaires (notamment lors de la Biennale internationale du design de Saint-Étienne).

Pour la Galerie nationale du design, les mêmes recettes ont été appliquées. Ce sont cette fois-ci d’impressionnantes poutres en béton qui viennent rythmer le plafond de l’espace. Les murs périphériques ont été doublés en béton de chanvre, mélange de chaux et de chènevotte, favorisant le contrôle hygrométrique et thermique. Ici comme dans la halle événementielle, les sols ont été préservés et les cicatrices des tranchées techniques sont volontairement laissées apparentes. Une structure en bois a également été créée pour séparer le seuil de la Galerie du reste de l’espace d’exposition. Le premier espace, dans la plus brute expression de son dépouillement, fait la part belle à une collections d’assises sélectionnées auprès de maisons d’édition mécènes telles que Knoll, Ligne Roset, Moustache, Petite Friture, Source Edition ; l’occasion pour le visiteur de tester le mobilier avant de devoir se contenter de toucher avec les yeux. En surplomb de la structure intermédiaire en bois, une mezzanine est dédiée aux ateliers pédagogiques et autres événements. Cet espace a fait l’objet d’une deuxième commande publique, cette-fois adressée à des duos designer-fabricant pour la création d’un système de mobilier modulaire.

Les designers Marie et Alexandre associés à la coopérative basque Alki ont remporté le concours avec Bildua, une collection d’objets simples et agiles. Des caissons en bois massif parés de lames de linoléum coloré s’empilent pour composer des bibliothèques ou se couvrent d’un plateau – lui aussi revêtu de linoléum – pour devenir tables et bureaux. Une chaise vient compléter l’ensemble ; « conçue à partir d’un minimum de matière, elle associe une structure métallique légère à deux éléments en bois massif qui viennent à la fois rigidifier, contraindre et renforcer l’ensemble », précisent les designers. Ce même esprit de modularité se retrouve dans le dispositif scénographique conçu par Éric Benqué (une autre commande publique lancée par l’institution) ; celui-ci repose sur un système de modules en bois destinés à être réemployés d’une exposition à l’autre.

Après l’architecture, le mobilier, la scénographie, et pour clore le parcours visiteur, une dernière commande publique fut passée par l’établissement, celle pour la direction artistique des catalogues des expositions annuelles de la Galerie nationale du design. La conception graphique et la diffusion des trois premiers volumes de la collection sont confiées au studio Syndicat (François Havegeer et Sacha Léopold). Si la richesse des contenus dirigés par le commissaire invité et produits par des spécialistes du monde entier doit faire de l’ouvrage un outil de référence, la finesse de la conception graphique et l’élégance du façonnage font de l’objet imprimé une véritable pièce de design à emporter avec soi.

Par la sobriété de son intervention, SILT architecte signe une réhabilitation exemplaire, où le patrimoine industriel joue à la fois le rôle de décor et celui de socle d’un nouveau projet culturel. En multipliant les commandes publiques, la Galerie nationale du design montre l’exemple et offre à ses visiteurs une expérience complète du design, « discipline, souvent invisible, [qui] façonne nos usages, nos modes de vie et notre manière de faire société dans le monde contemporain » (Aurélie Woltz, directrice de la Galerie nationale du design).

 

Guillaume Ackel

 

Visuels © : Kevin Dolmaire

 

1 Le Centre national d’arts plastiques (Cnap), le Centre Pompidou – Musée national d’art moderne, le Musée des arts décoratifs et du design (MADD) de Bordeaux et le Fond régional d’art contemporain  des Hauts-de- France (Frac Grand Large)

 



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