Frank Gehry inscrit le Guggenheim Bilbao dans le paysage du Nervión Installé dans une courbe du Nervión, entre le centre de Bilbao et le pont de La Salve, le musée Guggenheim se découvre comme une succession de volumes, de passages et de perspectives. Frank Gehry compose un bâtiment dont les formes répondent autant à la ville existante qu’au paysage fluvial et aux traces du passé industriel.Le Guggenheim Bilbao ne présente pas une façade principale unique. Son architecture varie selon la direction depuis laquelle le visiteur l’aborde. Depuis le centre-ville, l’entrée se révèle progressivement au terme d’un parcours descendant. Du côté du Nervión, le musée déploie au contraire ses volumes les plus libres, recouverts de milliers de plaques de titane. Cette différence de traitement permet au bâtiment de négocier deux situations urbaines. Vers la ville, des volumes plus réguliers et revêtus de pierre calcaire établissent une transition avec l’échelle des constructions voisines. Vers le fleuve, les formes se déploient plus librement et produisent une silhouette fragmentée, visible depuis les quais et les ponts.Le bâtiment ’appuie sur les contraintes du site pour organiser ses volumes. Frank Gehry conserve notamment une relation étroite avec le pont de La Salve, infrastructure routière préexistante dont le tablier passe au-dessus d’une partie du musée. Plutôt que de dissimuler cet ouvrage, l’architecte l’intègre à la composition générale. Une tour sculpturale accompagne le pont et signale le musée dans le paysage métropolitain. Une architecture en mouvement Les surfaces en titane jouent un rôle essentiel dans cette relation au site. Posées sur des volumes courbes, elles réagissent aux variations du ciel, de l’eau et de la lumière. Leur aspect peut paraître mat, doré, argenté ou légèrement bleuté selon les conditions météorologiques et l’heure de la journée. Cette enveloppe ne produit pas une masse uniforme. Les plaques métalliques composent une peau légèrement vibrante qui fragmente les reflets. Le musée semble ainsi changer d’apparence au fil du déplacement du visiteur. Il ne s’appréhende pas depuis un point de vue fixe, mais au cours d’une promenade qui en révèle successivement les différentes parties. Le traitement des abords prolonge cette expérience. Escaliers, passerelles, terrasses et cheminements assurent la liaison entre le niveau de la ville et celui du fleuve. Les espaces extérieurs accueillent également plusieurs œuvres devenues indissociables du lieu, notamment l’araignée Maman de Louise Bourgeois et le Puppy végétalisé de Jeff Koons. Un atrium comme point d'orientation À l’intérieur, l’organisation repose sur un vaste atrium central éclairé naturellement. Cet espace distribue les galeries par l’intermédiaire de passerelles, d’escaliers et d’ascenseurs vitrés. Ses parois courbes prolongent le mouvement perceptible à l’extérieur, tandis que les ouvertures ménagent des vues sur le fleuve et sur différents fragments du bâtiment. Autour de ce vide central, les espaces d’exposition présentent des formes et des dimensions variées. Certains adoptent une géométrie relativement conventionnelle, adaptée à l’accrochage des œuvres. D’autres prolongent les volumes irréguliers de l’enveloppe. La grande galerie située sous le pont de La Salve se distingue par ses proportions et permet notamment de présenter des installations monumentales.Le Guggenheim occupe au total 24 000 m², dont environ 9 000 m² consacrés aux expositions. Malgré cette superficie, Gehry évite l’effet d’un bloc compact en répartissant le programme dans un ensemble de volumes reliés par l’atrium. Cette composition explique en partie la place singulière du musée dans Bilbao. À l’échelle lointaine, il forme une silhouette immédiatement reconnaissable. À l’échelle du piéton, il se décompose en espaces accessibles, en passages et en situations urbaines. Son architecture monumentale réorganise la manière de parcourir et de regarder les berges du Nervión.Visuels © : Erika Ede, Musée Guggenheim Bilbao Précédent Suivant